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Ennemis de la liberté

Le grand ennemi de la liberté, aux yeux de Kant, c’est le temps: toute sa doctrine a pour but de nous en affranchir. Dans l’ordre du temps, ce sont les antécédents des actions qui les déterminent; or le nom même d’antécédent indique une chose passée qui n’est plus «en notre pouvoir,» et dont nous ne pouvons plus changer les effets. Seul, en quelque sorte, le phénomène antécédent l’aurait pu; mais il est déjà passé à tout jamais. On pourrait rendre sensible la pensée de Kant en disant que le présent est comme un testament que le mort seul pourrait changer, mais qu’il ne peut changer parce qu’il est mort. A ce point de vue du temps et de son ordre régulier, si nous pouvions pénétrer l’âme d’un homme, telle qu’elle se révèle par des actes internes ou externes, connaître tous ses mobiles, même les plus légers, et tenir compte en même temps de toutes les influences extérieures, nous pourrions calculer la conduite future de cet homme avec autant de certitude qu’une éclipse de lune ou de soleil. C’est que, empiriquement, toutes les actions et passions sont liées selon les règles de l’expérience. Il en résulte une série ou trame continue de phénomènes, qui est l’histoire ou la biographie de l’individu. De cette série, éliminez la part des circonstances et des objets extérieurs, ne laissez que les mobiles et les motifs moraux: ce reste représentera le caractère propre de l’individu, la part non plus des objets extérieurs, mais du sujet même, ou «les principes subjectifs de son arbitre». C’est ce que Kant appelle le caractère empirique, qui seul tombe sous l’observation. Mais, une fois qu’on a expliqué les actions par le caractère empirique préalablement donné, tout n’est pas expliqué encore. Il reste à savoir ce qui donne ce caractère, ce qui le produit, en un mot sa vraie cause. La vie d’un homme peut être considérée comme un seul et même phénomène total, dont le caractère empirique est la règle ou la loi. D’où vient donc cette règle, cette loi qui imprime une unité de direction à tous les phénomènes, et qui a pour conséquence un degré plus ou moins grand de bonté ou de méchanceté, une plus ou moins grande intensité dans l’inclination au bien? Ce terme supérieur, cette vraie cause de notre caractère, ce n’est point dans la série des phénomènes qu’il faut la chercher. Le caractère empirique, comme tout ce qui se manifeste dans le temps, n’est qu’une représentation de ce que la chose est en soi. L’homme, tel qu’il apparaît aux autres et tel qu’il s’apparaît dans le sens intime, n’est que «le phénomène de lui-même». Sa réalité absolue, c’est son caractère intelligible, qui n’est soumis à aucune condition de temps, et dans lequel «ne naît ni ne passe aucune action».




Filed by lafronde at avril 23rd, 2016 under Uncategorized



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